
Extraits Musicaux
Accompagnés de notes sur le processus de création musicale.
Symphonie nostalgique lo-fi à base de pièces de puzzle audio (samples et boucles), de synthés analogiques et d'artefacts sonores.
Avec Bagage, film de Perle Huvelin autour de la mémoire et du souvenir, j'ai pensé la musique comme autant de petites pièces de puzzle audio à découper, modeler, inverser, et ce afin de répondre à la forme même du film, mêlant images d'archives et stop-motion. Je me suis donnée comme contrainte de n'utiliser aucun instrument virtuel, mais seulement des sons audio enregistrés pré-existants (samples) ou enregistrés par moi-même. Comme sample, j'ai par exemple utilisé deux sons provenant de la chanson Les Jolies Choses de Polo & Pan. Le film est nostalgique mais les souvenirs de notre protagoniste sont très colorés et faits de pâtes à modeler : un renvoi direct à l'enfance et au jeu. Il me fallait donc une musique sensible et juste dans l'émotion de notre personnage mais quelque chose qui ne soit pas triste et qui nous donne presque envie de danser au milieu des images, dans le carroussel de la vie de notre personnage. Perle m'a d'ailleurs dit "Je ne veux pas quelque chose de triste". Bagage est un film dans lequel la musique est omni-présente, il n'y a pas de bruitages (hormis la TV diégétique du début et quelques sons de vagues). Perle m'a indiqué vouloir une musique faite de boucles pour donner une continuité temporelle tout au long du film. Il me fallait donc créer une musique de 5 minutes qui soit vectrice de l'émotion des images, de l'unité de temps et qui soit suffisamment riche, évolutive et bien orchestrée pour ne pas qu'on ne s'en lasse.
Un hommage à la chanteuse Totó la Momposina et à la musique traditionnelle colombienne.
Essentiellement de chansons traditionnelles colombiennes parlent du quotidien, des gens du village, de la musique et du sacré. Elle chante, elle chante, la Cantadora, le bullerengue de son âme - sont les paroles du titre que j'ai écrit pour ce film. Le bullerengue est l'une des rares chansons exclusivement féminines dans la musique traditionnelle colombienne. Au niveau vocal, le chant est dirigé par un maître de cérémonie et repose sur la narration d'une histoire à travers des questions et réponses. J'ai composé pour la voix principale et les choeurs ainsi que pour les percussions typiques de la cumbia : Tambora, allegre, llamador, palmas... Les réalisateurs m'ont fait découvrir cette artiste au travers de la session live El Pescador enregistrée dans les studios Real Worlds fondés par Peter Gabriel. Totó la Momposina est une chanteuse colombienne iconique, qui pendant des années a collecté des chansons traditionnelles dans les villages de Colombie et les a rendues célèbres sur la scène internationale. J'ai appelé cette bande originale La Cantadora, en hommage à la chanson du même nom collectée par Totó et dans laquelle elle rend hommage aux Cantadoras, chanteuses qui gèrent la politique du village et les besoins de la communauté.
Valse Tim Burtonesque pour harpe, mandoline, quinton d'amour et flûte alto.
D'abord intrigué.e par le nom de cette impasse, on y pénètre à petits pas. L'étrange prend de plus en plus de place à mesure que l'on avance dans le morceau. On finit emporté dans une transe macabre et sans fin, nos pieds ne touchent plus le sol, les corps bougent tout seuls, comme si un Beetlejuice dérangé tirait les ficelles de la scène.
J'ai composé cette valse mystérieuse en ayant des images qui défilaient dans ma tête. Musicalement, j'ai toujours été attirée par les paysages sonores mi-ombre mi-lumière du compositeur Danny Elfman. De par ses instruments joués, ses harmonies, son thème mélancolique et étrange, L'Impasse du Mystère pourrait être un écho moderne à la Complainte de Sally d'Elfman. De l'autre côté du miroir, j'ai grandi avec la poésie baroque et décalée de Tim Burton : Vincent, Big Fish, Les Noces Funèbres, Beetlejuice, Charlie et la Chocolaterie... Je reste aujourd'hui très inspirée par ce duo d'Outsiders mythiques.
Musique expérimentale uniquement à base de voix, textures électroniques, distorsion, vocal processing.
Dans HYSTERA, film expérimental d'Aline Neri, la musique est uniquement composée de voix de femmes. Réalisé lors d'une résidence de création dans la campagne Lochoise, je me suis aménagé un studio dans une grange, entourée d'outils de la ferme en tout genre. Dans ce studio fait-maison, une dizaine de femmes sont venues enregistrer. Je leur ai demandé de rire, de crier, de chuchoter, de respirer et d'improviser quelque chose, spontanément. Par la suite j'ai retravaillé ces voix en faisant passer leur enregistrement audio dans des pédales d'effets de guitare (vocal effects processing), puis en ajoutant des effets directement dans l'ordinateur pour étirer le son, le mettre à l'envers, le hacher (etc.). Les voix du début du film sont restées très naturelles et à mesure que le film avance, les voix sont de plus en plus retravaillées à en devenir méconnaissables. J'aime particulièrement quand le processus de création de la musique répond à la forme du film. Ainsi de la même manière que HYSTERA est un film expérimental, sa bande originale l'est tout autant. Quand Aline m'a parlé de son film, voilà les mots qu'elle a employé : féministe, fragmenté, en noir et blanc. La musique fait écho aux effets de superposition du montage d'Aline, aux flashs des images, qui nous entrainent en filigrane, de la douceur à la folie.
Une bande originale typée western avec banjo et contrebasse pour cette comédie absurde sous canicule.
Pour Meurtre sous 50 Degrés d'Astrid Sentis, je voulais une musique qui fasse référence aux bandes originales des western, à base de banjo et de contrebasse. Je souhaitais avant tout que ces deux instruments solistes nous plongent dans cette région de l'Aude caniculaire et qu'ils participent à renforcer le côté comique des protagonistes, et l'absurdité de l'enquête.
Réalisé lors d'une résidence de création dans la campagne Lochoise, je me suis aménagé un studio dans une grange, entourée d'outils de la ferme en tout genre. Dans ce studio aménagé, j'avais à disposition un banjo que j'ai apprivoisé de manière complètement autodidacte pour cette bande originale. En revanche, je n'avais pas de contrebasse sous les doigts. J'ai donc utilisé une pédale d'octaver pour modifier le son de mon quinton - violon 5 cordes - et le rendre beaucoup plus grave afin de simuler un son de contrebasse.
Une musique douce, contemplative et enfantine, au son des marteaux feutrés du piano et au chant des cordes frottées.
Pour Jack & The Giant, film sur l'amitié entre les deux protagonistes perchés au dessus des nuages, je voulais une mélodie aérienne, qui tire les larmes du spectateur à la fin du film. J'ai utilisé une formation classique : piano et violon.
Le piano est joué dans les aigus et représente le personnage de Jack qui est petit et agile. Le violon quant à lui est joué dans les médiums et représente le personnage du géant, qui peut faire peur au début (sons grinçants dans les graves) mais se révèle très amical et émouvant à la fin du film (nappes sonores dans les aigus). Le piano joue le thème principal au début du film, qui est ensuite repris en choeur à la fin du film par le piano et le violon, symbole de Jack et son Géant réunis par l'amitié.
Les deux instruments principaux sont accompagnés de quelques artefacts sonores : sons harmoniques de mandoline, sons d'archets frottant la corde sur le chevalet très doucement (sul ponticello) et quelques sons en reverse -renversés -. Ces artefacts participent à renforcer le merveilleux et le fantastique du film qui fait référence au célèbre conte anglais Jack and The Beanstalk d'Henry Cole.